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LE SOCLE - Page 4

  • William Morris: contre le monde moderne

    Le passé n'est pas mort, il vit en nous, et revivra dans le futur que nous sommes en train d'aider à mettre en place

    William Morris

     

     William Morris est un homme s’étant battu toute sa vie pour rendre l’Europe à elle-même.

    Rendre à l’Europe sa conscience identitaire, lui rappeler les limites de sa civilisation, en traduisant tant l’Odyssée d’Homère que les sagas et les Eddas de l’Islande, l’Enéide de Virgile que le Béowulf anglo-saxon, les romans courtois et poèmes médiévaux, tant français qu’anglais. Tous ces ouvrages étaient accompagnés d’ornements et illustrations réalisées par Morris et imprimés dans son manoir rural du XVIe s. de Kelmscott, suivant la méthode du XVe s. Ils sont considérés comme des chefs-d’œuvre de l’édition. Voyageant en France, Angleterre, Italie, Irlande, Scandinavie et Islande, y visitant les chefs-d’œuvre de la nature et de l’art. Dans son ouvrage Le Paradis terrestre, qui le fit connaître comme le plus grand poète de sa génération, il raconta l'aventure de navigateurs scandinaves du XIVe s. qui, partis à la recherche d'une terre où s'établir, tombèrent sur une colonie de Grecs restés païens. Les deux peuples se racontèrent alors douze légendes chacun. Il faut y voir un résumé de l'Europe : civilisations méridionale et septentrionale, paganisme et christianisme, harmonie entre les peuples classique et germanique.

     

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  • Joyeux Noël, de Viggo Johansen (1881)

    Au sein d'un foyer danois, une nombreuse famille danse en cercle autour d'un sapin orné de chandelles et de décorations diverses. Aucune autre lumière n'éclaire la pièce, ce qui plonge une partie des personnages dans un contre-jour qui, notamment, dessine l'agréable silhouette de la jeune mère. Cette fête familiale participe de ces cultes que les Européens ont toujours réservé à leur foyer. Regards émerveillés des enfants pour le sapin lumineux, souriant regard maternel envers le plus jeune de ces derniers, la scène représentée par ce peintre de l'école de Skagen retranscrit la magie de Noël, ou Jul comme disent les Danois.

    Jul est une antique festivité nordique commémorant les ancêtres et célébrant Jolnir, l'un des épithètes d'Odin, principal dieu de la religion germanique, et Ull, le dieu archer qui le remplaça un temps comme roi des Ases, le groupe des dieux majeurs. Lors de la christianisation des peuples germaniques, la célébration de la Nativité se substitua à cette fête, qui conserva son nom dans les pays scandinaves.

    L'école de Skagen est une communauté d'artistes danois, finlandais et suédois réunis au nord de la péninsule du Jutland, dans le dernier quart du XIXe s., pour vivre ensemble et créer des œuvres dans le genre réaliste. Les peintres, majoritaires, y saisirent la lumière si particulière, si claire, pure et blanche, de l'extrême nord du Danemark.

     

    Gaspard Valènt, pour le SOCLE

  • Le Nouveau-né, de Georges de La Tour (vers 1645)

    Toute l'émotion qui se dégage des dernières œuvres de Georges de La Tour tient à leur douce simplicité : thèmes traditionnels, absence de détails, terreuse monochromie et cadrage serré autour d'une seule scène. Ici, une Nativité, poncif de l'art chrétien. Sainte Anne, sur la gauche, éclaire à l'aide d'une chandelle sa fille la Vierge Marie, qui tient l'Enfant Jésus dans ses bras. Elle est vêtue d'un bonnet et d'une tunique blanche. Sur la droite, la Vierge au visage ovale baisse tendrement les yeux vers son âme. Elle porte un grand manteau rouge brique et semble assise sur un banc de bois, tandis qu'un foulard blanc ceint sa chevelure. Fermement emmailloté dans son lange, le Christ dort dans le silence profond qui se dégage de la scène. Le fond est traité par un noir s'éclaircissant à la bougie autour de la figure de la grand-mère. Ce tableau est un monochrome, la seule couleur utilisée est ce beige orangé, chaud et presque rouge sur le manteau de Marie, rappel qu'une "épée [lui] transpercera le cœur" au jour du sacrifice de son fils, froid et presque brun pour les ombres, les ceintures et le collier de la Vierge. Ce dernier, qui semble compter douze pierres, pourrait renvoyer aux étoiles qui surmonteront sa tête lors de la vision de saint Jean à Patmos. Au centre de l'œuvre, l'éclat blanc des linges illuminés par la chandelle, qui nous reste dissimulée, indique que l'élément majeur de la scène est le visage du Rédempteur. Et qu'il est environné de pureté. La touche extrêmement lisse, que l'artiste adopte au milieu de sa carrière après avoir creusé de détails ses peintures, renforce encore l'épuration de l'image. Des volumes ronds aux courbes calmes composent les personnages, dont les surfaces brillent comme polies à l'agate, faisant ressortir leur forte masse des ténèbres, comme le Christ est "la lumière du monde" (Evangile selon saint Jean).

    Comme le Christ encore, ce tableau comporte une part égale de divinité et d'humanité. Divinité dans le thème, humanité dans la simplicité de son traitement. Cette Nativité pourrait bien être n'importe quelle naissance dans n'importe quel intérieur européen. Nul surnaturel, nul registre céleste, nulle emphase. Nous sommes ici dans le courant réaliste de la peinture européenne, qui caractérise les écoles flamande, lombarde, sévillande, hollandaise, caravagesque et lorraine. Or, Georges de La Tour est un Lorrain influencé par le caravagisme d'Utrecht, en Hollande. Le fait de traiter des scènes religieuses comme des scènes de genre, également pratiqué par ses contemporains et compatriotes, les frères Le Nain, pourrait être lié à la piété franciscaine, alors en faveur au duché. Ce tableau fut offert pour les étrennes au duc de La Ferté-Senneterre, gouverneur français en Lorraine.

    Georges de La Tour est l'un des sept enfants d'un boulanger et d'une boulangère lorrains. Il fut baptisé à Vic-sur-Teille en 1593 et inhumé à Lunéville en 1652. Peintre à succès, il sera anobli et le roi de France Louis XIII fera retirer tous les tableaux de sa chambre au profit du seul Saint Jérôme pénitent du peintre.

     

    Gaspard Valènt, pour le SOCLE

  • Pour une critique positive

    Pour une critique positive est une œuvre singulière dans la bibliographie de Dominique Venner. Singulière car c’est un texte du Venner combattant politique avant qu’il ne devienne l’historien méditatif que nous connaîtrons par la suite, singulière par ses conditions de rédaction (en prison où l’opposition radicale de Dominique Venner au général De Gaulle l’avait mené), singulière car Venner finira par ne plus reconnaitre cet écrit de jeunesse, singulière enfin parce qu’en faisant ainsi, Venner allait laisser Pour une critique positive acquérir une vie propre et devenir le Que faire de la mouvance nationaliste.

     

    Structure de l'oeuvre: Pour une critique positive est de ces manuscrits qui n’ont été écrits par personne. L’histoire retient parfois un nom, les textes qu’ils contiennent sont pleins de promesses comme d’avertissements et ils gardent une incroyable actualité quelle que soit l’époque à laquelle ils sont lus. Et si ce sont les textes les plus anciens qui sont les plus prophétiques alors cette règle s’applique parfaitement pour ceux de Venner. Si Pour une critique positive présente cette dimension, c’est qu’il cherche, non pas à faire table rase du passé, mais à mettre fin aux erreurs qui y cantonne le camp nationaliste. Il s’agit de sortir des archaïsmes et de la nostalgie pour rentrer dans une véritable dynamique révolutionnaire. Pour ce faire, l’ouvrage procède comme suit. 1) Mettre à jour ce (et ceux) qui sape(nt) l’avènement d’une révolution nationaliste ; 2) Montrer que cette révolution ne peut se faire sans l’élaboration d’une véritable doctrine nationaliste ; 3) Décrire quelle société cette révolution nationaliste mettra alors en place ; 4) Décrire les moyens par lesquels il faudra mener cette révolution.

     

    Gwendal Crom pour le SOCLE

    La critique positive de Pour une critique positive au format .pdf

     

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  • Le Serment des Horaces, Jacques-Louis David, 1785

    L'Histoire romaine de Tite-Live et les Viris illustribus d'Aurelius Victor nous narrent le combat de trois frères romains contre trois frères albains. L'épisode se situe au milieu du VIIe s. av. J.-C., sous le règne de Tullus Hostilius, troisième roi de Rome. La cité est alors en conflit contre celle d'Albe-la-Longue, pour mettre un terme aux hostilités, les autorités décident que trois héros de chaque camp s'affronteront dans un combat à mort. Les Romains choisissent les Horaces et les Albains les Curiaces. Seul Publius Horatius survivra, et tuera l'une de ses soeurs en rentrant chez lui, la voyant pleurer l'un des Curiaces, son époux. Il sera jugé pour crime par l'assemblée du peuple, mais saura se défendre en arguant que nul Romain ne devrait pleurer un ennemi de Rome, surtout quand la personne devrait pleurer deux de ses frères et remercier Mars de la survie du troisième. Son père, de plus, supplia l'assemblée de ne pas lui retirer son dernier fils et un quatrième enfant. Le père devra alors purifier sa famille par des rituels et son fils sera condamné à passer sous le joug afin de lui rappeler qu'il doit agir suivant les lois de Rome, qui interdisent le meurtre entre membres d'une même famille, mais acquitté de la peine de mort pour la moralité de son geste.
    Nous sommes ici en plein néo-classicisme : peinture d'histoire, message moral austère, thème antique et couleurs primaires au premier plan, suivant l'exemple du Poussin, peintre le plus estimé alors en France. L'architecture du fond, du classicisme le plus simple, découpe la scène en trois parties. Elle est d'ordre dorique, l'ordre mâle. Le groupe viril de droite s'oppose à la coulée molle des femmes, tandis qu'au milieu prend place le pater familias invoquant le Ciel face au salut romain de ses trois fils. Ce manifeste du néo-classicisme rompt avec l'esthétique mouvementée et sensuelle du moment, au profit d'une simplicité et d'une froideur masculines. Dans quelques années éclatera la Révolution qui, dans ses tendances les plus extrêmes, auxquelles David adhérera, marquera une volonté de retour aux temps de la monarchie spartiate ou de la république romaine, de patriotisme exalté et de cruauté morale.
     
    Gaspard Valènt, pour le SOCLE