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Saint-Thomas d'Aquin : la Foi et la Raison

 

 « Il est plus beau d’éclairer que de briller seulement »

Saint-Thomas d’Aquin

 

 

Définir ce qui fait son identité apparaît de prime abord difficile à l’européen. Cela lui implique de prendre conscience de l’Univers mental dans lequel il inscrit son existence.

Saint-Thomas d’Aquin est de la race des penseurs, humble incarnation du génie spécifique de l’Europe, dont l’œuvre et la vie sauront guider l’européen voulant vivre conformément aux vertus qui fondent sa spécificité.

 

 

Né au XIIIe siècle au cœur du Royaume de Sicile, il est issu d’une famille italienne de renom et partisane de la papauté. Il partira très tôt étudier à Paris, centre intellectuel et universitaire de l’Europe d’alors, et y trouvera comme maître Albert Le Grand, afin de se former aux sciences de l’Esprit et à la théologie. Rentré de son propre chef chez les dominicains en 1244, il deviendra rapidement le plus brillant des penseurs de son temps, commentateur inlassable de la Bible et de la pensée d’Aristote, fournissant une œuvre encyclopédique dont la profondeur ne connaissait nul égale depuis les maîtres de l’Antiquité. Il passera toute sa vie entre l’Italie et Paris, à enseigner infatigablement aux jeunes clercs la théologie et les sciences de l’esprit, et à élaborer son œuvre prolifique. Son impact sur la constitution du dogme de la Sainte Eglise Catholique Romaine fut tel qu’il est considéré comme le « Docteur Commun » des croyants et des prélats. Son œuvre principal, la Somme Théologique, Summa Theologica, colossal ouvrage dont le volume n’égal que la densité intellectuelle, a été sept siècles durant, jusqu’au Concile de Vatican II, l’ouvrage incontournable de la formation des clercs et des théologiens.

 

Saint-Thomas d’Aquin reste célèbre pour avoir introduit la philosophie d’Aristote au cœur de l’Europe médiévale et scholastique. A l’instar de Saint Augustin huit siècles avant lui, il est le penseur de l’inculturation fondamentale du christianisme par la philosophie antique. Partisan d’une Foi tempérée par la Recta Ratio (le juste usage de la Raison), il a élevé la tempérance, chère au Stagirite, comme principe régulateur des vertus et des mœurs des hommes. Sa formalisation des arguments rationnels de l’existence de Dieu, les Quinque viae, est emblématique de sa conception de la philosophie, « meilleure arme que l’Homme possède », afin de comprendre le mystère de la Foi. Surnommé le « Bœuf muet » par ses confrères en référence à son ardeur à la tâche couplée à un tempérament sérieux et taciturne, il ne parlait que lorsqu’il le jugeait nécessaire, à l’étude ou à la célébration de la grandeur du Divin.

 

Travailleur rigoureux et acharné, Saint-Thomas d’Aquin rappelle à qui se met sous son égide que l’équilibre dans l’exercice de l’existence est à la fois le moyen d’une vie bonne et celui du salut de l’âme. Réfutation à la fois de l’hédonisme et du rigorisme, sa pensée pose que la tempérance en toute chose doit faire loi. Ainsi en matière de mœurs, le vin et les femmes pourront être consommés, à condition qu’ivresse ne brise pas le délice de la boisson, et que le corps n’emporte pas l’âme dans la luxure.

 

Il nous rappelle inlassablement son attachement à la Vérité et à la Liberté, vertus fondamentales du christianisme et de l’esprit Européen. La Vérité se retrouve à la fois dans l’expérience sensible, en tant qu’elle est adæquatio intellectus et rei, adéquation de l’intellect à la chose, et en tant que partie intégrante du Bien Souverain, retrouvé en l’Être suprême. La Liberté, émanant de la Volonté, est la précieuse partielle de divin en nous, infinie en puissance, et n’est bridée que par la faiblesse de l’entendement humain. Saint-Thomas reste persuadé par ailleurs que celui-ci saura toujours repousser son horizon grâce aux progrès de la Raison. Ces conceptions de la Vérité et de Liberté sauront contribuer à l’avènement de la pensée scientifique moderne, spécifiquement européenne, affirmant que seul ce qui peut être librement réfuté peut être tenu pour vrai.

 

Il nous rappelle enfin, par sa vie et son œuvre, que notre identité est celle des seuls représentants du genre humain qui ont su créer durablement une pensée réflexive. Saint-Thomas d’Aquin est l’emblème de ce que représente notre civilisation, fille du miracle grec et du miracle chrétien : l’unique parcelle connue de l’Univers où la conscience est devenue adulte. Il est l’apôtre de la place donnée à la personne humaine et à l’harmonieux équilibre entre Fides et Ratio. Ces principes maîtres raisonnent dans toutes nos traditions politiques, esthétiques et culturelles : dans la séparation du juridique et du sacré, celle de la Cité et du Ciel, dans l’Amour universel qui donne à l’Autre la dignité du Même balancée par l’Amour particulier qui fait passer le frère avant l’étranger, dans la dialectique entre les forces réactives et les forces actives, dans le déferlement romantique s’opposant à la beauté froide et mathématique des anciens et des classiques.

 

 

Le Docteur Angélique, lors de son dernier voyage vers le concile de Lyon en 1274, au seuil de la mort, déclara que ce fut par Amour du Très-Haut qu’il avait « étudié, veillé des nuits entières » et qu’il s’était « épuisé à la tâche ». Penser à la suite de Saint-Thomas d’Aquin, c’est faire sienne cette communion.

 

 

Soyons, par un libre consentement, les humbles bâtisseurs du renouveau, transmetteurs du savoir immémorial et des enseignements de la Tradition.

 

Pour le Seigneur et la Terre.

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