Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

La Désobéissance Civile, de Henry David Thoreau

La désobéissance civile est un pamphlet politique, écrit par l’essayiste et philosophe Henry David Thoreau (1817-1862) et publié en 1846. Concerné par la question des rapports entre les individus et l’Etat, Thoreau dénonce ici les méfaits des gouvernements sur le peuple au travers de leurs structures et des dispositions qu’ils prennent. Il illustre naturellement son propos en prenant comme exemple le gouvernement américain de son temps, alors pris dans les houleux débats autour de la question de l’abolition de l’esclavage. Comme le souligne Guillaume Villeneuve, la désobéissance civile se place dans la lignée du Discours de la Servitude Volontaire d’Etienne de La Boétie, qui soulevait déjà au XVIe siècle la problématique de la légitimité de l’Etat dans les fonctions que la société lui confère4. On ne manque pas de rappeler ici l’intemporalité de l’œuvre, cette-dernière ayant en effet influencée la conduite politique de certains de ses célèbres lecteurs du XXe siècle : Tolstoï, Gandhi ou Soljenitsyne se réclamèrent tous à des degrés divers de cette résistance passive et non-violente chère à Thoreau. 

 

Vaslav Godziemba, pour le SOCLE

La critique positive de La Désobéissance Civile au format .pdf

 

 

henry david thoreau,désobéissance civile,sociologie,transcendentalisme,etat,contrat social

 

« Soyez résolus à ne plus servir et vous voilà libres »

Etienne de La Boétie

 

I.  Repères biographiques et contexte de l’œuvre

 

Henry David Thoreau et les Etats-Unis au XIXe siècle

 

Henry David Thoreau, de son vrai nom David Henry Thoreau, est un essayiste, enseignant, philosophe, naturaliste et poète américain, né le 12 juillet 1817 à Concord, Massachusetts, où il est mort le 6 mai 1862.

Opposé à l'esclavagisme toute sa vie, conférencier et militant contre les lois sur les esclaves évadés et capturés, louant le travail des abolitionnistes (John Brown en particulier), Thoreau propose une philosophie de résistance non-violente. Son œuvre influença des figures politiques, spirituelles ou littéraires telles que Léon Tolstoï, Mohandas Karamchand Gandhi ou Alexandre Soljenitsyne. Malgré des attraits d’emblème de la bien-pensance contemporaine, l’œuvre de Thoreau reste pour qui sait la recevoir une inépuisable source de concepts dissidents et de préceptes accessibles afin de mener sa vie de façon sobre et heureuse1.

 

On retient deux œuvres majeures de Thoreau :

 

  • Walden ou la vie dans les bois (1854), considéré comme le livre au fondement du concept de « simplicité volontaire » suite à une « révolte solitaire ». Thoreau nous y fait part de ses réflexions quant à une vie menée loin de la société dans les bois. C’est une œuvre protéiforme : pamphlétaire, philosophique, mais aussi naturaliste, de botanique, de physiologie végétale et d’écologie militante2.

 

  • La Désobéissance civile (1849), dans lequel il développe le concept éponyme de résistance à un gouvernement jugé injuste. On lui donne la paternité de la conception moderne de non-violence3.

 

Le monde dans lequel il passera son existence est celui de l’Amérique du XIXe. Alors encore jeunes, les Etats-Unis d’Amériques sont marqués par différents débats et épisodes qui resteront fondateurs de nombres de mythes américains, encore vivaces :

 

  • Débat autour de la condition des esclaves, entre abolitionnistes et non-abolitionnistes, et donc naturellement de l’universalité des notions de liberté et d’égalité.

 

  • Débat autour de la condition des american natives, à l’heure où une littérature romantique s’épanchait sur la civilisation amérindienne et son collapsus définitif. Déjà à l’époque des écrivains comme James Cooper (le Dernier des Mohicans) exprime l’idée si actuelle du Grand Remplacement d’une population par une autre et de la question de la légitimité d’agir et de vivre sur un territoire revendiqué par plusieurs partis.

 

  • Siècle marqué par la guerre de Sécession entre l’Union au Nord et la confédération au Sud. On a longtemps grossi, à travers le prisme d’une explication mono-causale, l’idée que la question de l’abolition de l’esclavage était l’unique pomme de discorde à l’origine de la guerre de Sécession. Comme à l’accoutumé, l’histoire est beaucoup plus compliquée que dans la tête d’atlantistes béats devant la construction de l’Amérique du XXe. A titre indicatif, relevons que l’Union du Nord, qualifiée d’abolitionniste, comptait 5 états sur 25 qui étaient esclavagistes et se tenaient loin de l’idée de mettre l’abolition à l’ordre du jour.

 

  • Marqué par la guerre américano-mexicaine(1846-1848) : guerre, ou précisément annexion par les États-Unis des territoires mexicains correspondant à l’actuel sud-ouest américain, qui fut l'un des facteurs déclencheurs de la guerre de Sécession. « La rébellion du Sud fut l'avatar de la guerre avec le Mexique », résumait Ulysse Grant, commandant des forces nordistes et 18e président des Etats-Unis dans la foulée.

 

  • L’émergence de ce qui deviendra le premier grand courant littéraire , spirituel, culturel et philosophique spécifiquement américain : le transcendantalisme. Les transcendantalistes voulaient fonder leur religion et leur philosophie sur des principes transcendantaux, qui reposent sur l'essence spirituelle et mentale de l'être, sans dépendre ni se modifier par l'expérience des sensations. C’est un remodelage des thèses de l’idéalisme allemand, se débarrassant du romantisme qui l’imprégnait, « à l’américaine », i.e. ressorti de sa confrontation avec le protestantisme WASP.

 

Contexte de la rédaction de l’œuvre

 

Fin 1844, Emerson, figure fondatrice du transcendantalisme et grand ami de Thoreau, achète un terrain autour de l'étang de Walden et le met à la disposition de Thoreau qui souhaite se retirer au calme pour écrire. En mars 1845, il commence la fabrication d'une cabane de pin sur les rives de l'étang, à 2,4 km de sa maison natale. C'est le début d'une expérience qui dure deux ans, menée en autarcie (Thoreau a planté 1 hectare de pommes de terre, de fèves, de blé et de maïs), et qu'il raconte dans son livre Walden ou la vie dans les bois. Thoreau veut y mener « une vie de simplicité, d'indépendance, de magnanimité, et de confiance »2. Il ne s'agit alors pas d'une fugue ou d'une vie d'ermite, puisque l'écrivain revenait souvent voir ses amis, mais d'un choix délibéré qui peut rappeler aux lecteurs l'expérience de Jean-Jacques Rousseau dans la forêt d'Ermenonville.

 

Le 25 juillet 1846, Sam Staples, agent de recouvrements des impôts locaux lui ordonne de payer six ans d'arriérés. Thoreau, qui refuse de payer ses impôts à un État qui admet l'esclavage et fait la guerre au Mexique, est arrêté alors qu'il se rend chez son cordonnier puis emprisonné. Il sera libéré le lendemain car une de ses tantes aura payé, contre son gré, les arriérés à sa place. Cet acte rendra furieux Thoreau, sa démarche ayant consisté à accepter la sentence d’un Etat ne respectant pas le sens de la justice de la majorité de ces concitoyens. Cet événement marque la pensée de Thoreau et nourrit les réflexions qui constitueront son essai politique, La Désobéissance civile.

 

henry david thoreau,désobéissance civile,sociologie,transcendentalisme,etat,contrat social

Figure 1 : « L'écrivain revenait souvent voir ses amis d'un choix délibéré, qui peut rappeler (…) l'expérience de Jean-Jacques Rousseau dans la forêt d'Ermenonville »

Photographie du « gouffre », sud de la prairie Arcadienne, Forêt d’Ermenonville (2011)

 

 

II.  Critique Positive de la Désobéissance Civile

 

On ressent dans l’essai de Thoreau ses nombreuses influences : idéalisme allemand, la Bible et le Nouveau Testament, les textes bouddhistes et hindouistes, les classiques grecs et latins. On peut le qualifier en première instance comme humaniste autocritique. Il est acquis à l’idée catholique d’une essence humaine universelle partagée. Cette posture explique naturellement son combat anti-esclavagiste et pro-abolitionniste.

 

L’auteur débute l’essai avec ce qui deviendra une maxime maintes fois reprises : « Le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins », et même idéalement : « Le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout ». Malgré les apparences, il ne faut pas conclure hâtivement ici d’une sensibilité anarchique chez Thoreau. En effet il considère que le gouvernement, quoiqu’alacre, peu intègre et amorphe, reste néanmoins absolument nécessaire, car « le peuple doit posséder un mécanisme compliqué d’un type ou d’un autre, entendre son vacarme, pour contenter l’idée de gouvernement qu’il se fait ».

 

En d’autres termes, les masses ont un besoin absolu d’une structure pour pouvoir relayer son foisonnement politique et supprimer le gouvernement reviendrait à nier le besoin du peuple à se sentir maître de ses choix. L’œuvre de Thoreau ne se situe d’emblée donc pas dans la volonté, « imbécile » selon ses termes, de destruction des gouvernements, mais dans son opposition perpétuelle, jusqu’à le ramener à sa qualité de « simple expédient ». Cette formule fut reprise par ailleurs – ce qui aurait sans doute peiné Thoreau – par les tenants du libéralisme le plus extrême, y voyant une manière de légitimer le désengagement progressif de l’Etat dans les affaires du commerce et de la finance. Ni la thèse anarchique, ni la thèse libéraliste n’est valable. En réalité l’auteur exprime que c’est « le caractère inhérent du peuple américain » qui a réalisé « tout ce qui s’est accompli » (sous-entendu en bien) et « aurait accompli davantage, si le gouvernement ne lui avait fait obstacle ». Car en effet, en système démocratique, si le gouvernement « n’est que le moyen choisi par un peuple pour exécuter sa volonté », mais qu’il est « également susceptible d’être trompé et perverti avant que le peuple puisse agir par son truchement », la démonstration est admirable : 1. Soit le gouvernement démocratique et ses représentants élus gouvernent justement, sont en adéquation avec les revendications de la majorité, et donc ne sont de fait que des expédients ; 2. Soit ils gouvernent précisément en inadéquation avec les revendications de la majorité du peuple, et donc ils sont sensu stricto, anti-démocratique, et seul le fameux « caractère inhérent du peuple » fera réellement bouger les lignes politiques au sens le plus « véritable » et « démocratique ». On tient donc ici une première critique, celle du processus de dévoiement consubstantiel au gouvernement en régime démocratique, qui permet de dire à Thoreau que le gouvernement se doit d’être expédient, ou trahit sa promesse.

 

Thoreau exprime par la suite une deuxième critique, qui correspond au paradoxe le plus fondamental de l’ « idéal démocratique », et résumé par la formule de Tocqueville, celui de la « Tyrannie » ou de la « Dictature » de la majorité. L’auteur le pose sous forme rhétorique : « Ne peut-il exister un gouvernement dans lequel les majorités ne décident pas virtuellement du juste et de l’injuste ? ». Il en appelle donc en toute première instance à la conscience populaire. Il écrit : « Je pense que nous devons d’abord être des hommes, des sujets ensuite. Le respect de la loi vient après celui du droit. La seule obligation que j’aie le droit d’adopter, c’est d’agir à tout moment selon ce qui me parait juste ». Il fait la critique du légalisme orthodoxe5. Le respect indu de la loi engendre la réification des hommes, et rappelle la célèbre maxime de Cicéron : « summum jus, summa injuria », i.e. « Le comble du droit est le comble de l’injustice ».

 

Ici est mis en lumière le premier caractère entrant dans la définition de la Désobéissance Civile : la prise de conscience d’une inadéquation entre les décisions de l’Etat, dont le bras armé est le droit, et le sens personnel de la justice d’un individu. Est par ailleurs esquissé son deuxième caractère : agir selon ce qui nous semble juste.

 

henry david thoreau,désobéissance civile,sociologie,transcendentalisme,etat,contrat social

Figure 2 : « Le gouvernement se doit d’être expédient, ou trahit sa promesse »

John Trumbull, La Déclaration d'indépendance (1817-1819)

 

Et Thoreau de répondre à la question : « Quel est le comportement qui s’impose à un homme face à ce gouvernement aujourd’hui ? », sous-entendant : ce gouvernement qui prend des décisions contraire à ce pourquoi il a été élu initialement et contraire à la sensibilité de Thoreau forte de ce qui lui semble être le sens de la justice majoritaire de son époque, concernant particulièrement la question de l’abolition.

 

« Je réponds qu’il ne peut sans honte y être associé. Je ne puis un seul instant reconnaître cette organisation politique pour mon gouvernement puisqu’elle aussi le gouvernement de l’esclave ».

 

Il y a un devoir – qui émane chez Thoreau du « droit à la révolution », fondateur des Etats-Unis, entre autres – de refuser l’allégeance et de résister à un gouvernement quand sa tyrannie ou son inefficacité sont grandes et insupportables ; on y décèle une mise en évidence des limites des régimes démocratiques : 1. Dans leur processus car il y a risque de dévoiement et de mauvaise représentation par les gouvernants des gouvernés ; 2. Dans leur principe même car celui de la dictature de la majorité, renvoyant à la question aristotélicienne maintes fois glosée de l’adéquation du régime avec le niveau de vertu du peuple. Thoreau exprime que les plus blâmables a priori, i.e. la majorité servile vis-à-vis d’un pouvoir inique, ne le sont pas si l’on prend la peine de regarder avec pragmatisme la nature politique de l’homme et le niveau de conscience politique d’une Nation.  « Le plus important n'est pas que vous soyez au nombre des bonnes gens mais qu'il existe quelque part une bonté absolue, car cela fera lever toute la pâte. ». On peut y voir une forme de naïveté, quoique volontaire, de la part Thoreau, comme un cri pour réveiller les consciences.

« Il y a des milliers de gens qui par principe s'opposent à l'esclavage et à la guerre mais qui en pratique ne font rien pour y mettre un terme ». « On tergiverse, on déplore et quelquefois on pétitionne, mais on n'entreprend rien de sérieux ni d'effectif ». Il insiste sur le caractère limité du processus démocratique pour lui-même. Le légalisme mou est ainsi la meilleure arme d’entretien du système en place.

 

Ainsi la question du « Que faire ? », de l’action à entreprendre afin de faire évoluer les consciences tout en luttant politiquement, réside selon l’auteur dans la Désobéissance Civile.

 

 « La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant ainsi, on s'adresse au sens de la justice de la majorité de la communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les principes de coopération sociale entre des êtres libres et égaux ne sont pas actuellement respectés ».

 

 

III.  Conclusion : Postérité et actualité de l’œuvre et du concept de Désobéissance Civile

 

Pourquoi parler de Désobéissance Civile ?

 

On remarque que le concept, initialement subversif, est repris par la quasi-totalité du spectre politique, toutes époques confondues. Deux choses viennent alors à l’esprit, soit :   

 

  1. Le concept est fragile et/ou vide de sens, et ainsi n’importe qui peut l’utiliser en atout n’importe quand. Il légitime n’importe quoi, voire même le contraire de son but originel (devenant synonyme à notre époque de : « combat » pour le « vivre-ensemble », de « devoir » de « faire-société », de « participation active » à l’« inclusion sociétale », d’être « acteur » du « savoir-être ensemble »).

 

  1. Le concept a été dévoyé, par bêtise ou sophisme, utilisé par certaines forces politiques dans une toute autre configuration que celle qu’il recoupait originellement. C’est un genre de double langage, de novlangue. A l’instar du fronton du ministère de la Vérité d’Orwell : « La Liberté, c’est l’esclavage ; la Guerre, c’est la Paix ; l’Ignorance c’est la Force », de façon analogue, notre époque déclare : « la Désobéissance Civile, c’est l’action politique des Femen et de Cécile Duflos ».

 

Une postérité dévoyée

 

Le problème de la Désobéissance Civile : le concept a été récupéré comme arme de combat de toute une partie de la gauche « progressiste », particulièrement durant les années 70 et 80. Les personnages de Luther King ou de Gandhi ont à cet égard particulièrement contribué à accentuer le phénomène, car reprit comme porte-étendard des valeurs que se disait défendre la gauche socialo-libertaire : non-violence, engagement sociétal, etc.

 

Reprenant à leur compte l’esprit dans lequel était Thoreau lors de l’écriture de la Désobéissance Civile, i.e. : abolition de l’esclavage et droit à la liberté justifié par l’égalité des races, ceux qui se disaient défenseurs des droits des minorités devenaient des Gandhi en herbe au travers de « happenings » divers et variés se voulant être de la Désobéissance Civile.

 

henry david thoreau,désobéissance civile,sociologie,transcendentalisme,etat,contrat social

Figure 3 : « Le concept de Désobéissance civile a été dévoyé, utilisé par certaines forces politiques dans une toute autre configuration que celle qu’il recoupait originellement »

Photographie de l’action de protestation pro-LGBT des FEMEN à l'Eglise de la Madeleine (2013)

 

C’est-à-dire : profanation d’Eglise pour la défense des droits des homosexuels, cercles de silence dans des lieux privés afin de protester contre l’expulsion de clandestins, fauchage volontaire de champs entiers de culture de blé pour des raisons écologiques, etc.

 

Le dévoiement du concept s’opère ainsi de la manière suivante : en réalité ces individus, produits d’un système ayant fait fusionner le libertarisme et l’universalisme chrétien sécularisé avec le libéralisme économique et l’arasement des valeurs, ne font pas de la « Désobéissance Civile », ils font de la « Bêtise Civile ». La bêtise, contrairement à la Désobéissance qui pourfende l’ordre établi, est toujours pardonnable, et est parfois utile.

 

Ils sont les idiots utiles d’un système qui favorise la « Bêtise Civile » en la faisant passer pour de la « Désobéissance Civile », détournant ainsi l’effort à mettre dans la véritable lutte vers un combat d’apparat renforçant en réalité l’assise morale et politique du système actuel.

 

Une question rhétorique que l’on pourrait se poser dès lors : En quoi peut-on qualifier de désobéissance civile l’acte de brûler un drapeau, à l’heure où la Nation représente dans la tête des instances dirigeantes et du pouvoir réel l’échelon duquel il faudrait définitivement s’émanciper ?

 

Alors que le concept de Désobéissance civile a été savamment utilisé par le pouvoir en place comme arme de fausse révolte, de happening, de tittytainment, de divertissement démocratique, afin de s’auto-entretenir, il incombe aux réels dissidents de refaire de celui-ci ce qu’il était du temps de sa mise en forme, à savoir une arme réellement subversive et révolutionnaire au sein de la lutte des idées.

 

Le concept a le mérite d’ouvrir le débat sur des questions qui nous apparaissent brûlantes :

 

  • Jusqu’où pouvons-nous nous permettre de remettre en cause les limites du processus démocratiques ? Doit-on se l’approprier tout en exposant au grand jour, via Désobéissance Civile, l’injustice et la décadence que représentent certaines lois ?

 

  • Doit-on transgresser la loi, faire appel au sens de la justice et de la morale qui nous semble partagé majoritairement ? (ex : le refus de certains maires de célébrer des mariages homosexuels à l’heure du mariage « pour tous », ces-derniers étant persuadés et convaincus que le peuple de France aurait voté majoritairement contre l’adoption de la loi si elle eut été soumise à référendum)

 

  • Thoreau aimait à dire, par une pirouette sémantique, qu’« il suffit d’un révolté pour former une majorité ». Doit-on, quoique sans doute encore minoritaires à certains égards, faire acte de Désobéissance civile pour faire évoluer les consciences ?

 

Ces problématiques ne sont pas sans rappeler la dichotomie Nationaux/Nationalistes6 chère à Dominique Venner, qui n’avait de mot pour fustiger ceux qui se reposaient patiemment sur les 3000 ans de civilisation européenne pour attendre la révolution spontanée.

 

 

Pour le SOCLE

 

- Les masses ont un besoin absolu d’une structure pour pouvoir relayer leur foisonnement politique


- Supprimer le gouvernement reviendrait à nier le besoin du peuple à se sentir maître de ses choix


- En système démocratique, le gouvernement n’est que le moyen choisi par un peuple pour exécuter sa volonté, l’expédient de la volonté populaire


- Le respect indu de la loi, i.e. le légalisme orthodoxe, engendre la réification et l’aliénation des hommes


- Il y a un devoir à refuser l’allégeance et de résister à un gouvernement quand sa tyrannie ou son inefficacité est grande et insupportable


- Première limite des régimes démocratiques : risque de dévoiement et de mauvaise représentation par les gouvernants des gouvernés


- Deuxième limite des régimes démocratiques : la dictature de la majorité


- Réflexion de Thoreau pour sauvegarder la démocratie malgré tout : ne pas blâmer la majorité servile car les minorités agissantes sont les seules capables d’une action politique réelle


- Définition de la Désobéissance Civile : acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement


- Le concept de Désobéissance Civile a été récupéré et dévoyé en une arme de combat de toute une partie de la gauche « progressiste », particulièrement durant les années 70 et 80


- Les gauchistes culturels détournent l’effort à mettre dans la véritable lutte vers un combat d’apparat renforçant en réalité l’assise morale et politique du système actuel

- Première question soulevée : jusqu’où pouvons-nous nous permettre de remettre en cause les limites du processus démocratiques ?


- Deuxième question soulevée : doit-on transgresser la loi, faire appel au sens de la justice et de la morale qui nous semble partagé majoritairement ?


- Troisième question soulevée : doit-on faire acte de Désobéissance civile pour faire évoluer les consciences ?

 

 

IV.  Repères bibliographiques

 

  1. Michel Granger, Henry-David Thoreau, Narcisse à Walden, Pr. Universitaires de Lyon, 1991

 

  1. Henri David Thoreau, Walden ou la vie dans les bois, 1854

 

  1. Henri David Thoreau, La désobéissance civile, Ed. mille et une nuits, 2000

 

  1. Etienne de la Boétie, Le discours de la servitude volontaire, mille et une nuits, 1998

 

  1. John Rawls, Théorie de la justice, p. 405, trad. franç. de C. Audard, Paris, Seuil, 1987

 

  1. Dominique Venner, Pour une Critique Positive, Ed. IDées, 2013

 

Les commentaires sont fermés.